Il consultait fiévreusement l’indicateur. Il existait un train qui le mettrait à Rouen au milieu de la nuit. Dès l’aube, le chemin de fer départemental le conduirait à la station la plus proche de la Brolière. Il irait à pied jusqu’au château, il surprendrait Cady au lit… Il frissonna, une sueur froide perlant à ses tempes, évoquant mille fantômes…

Mais non, non, elle serait seule… il lui parlerait tout de suite, il ne lui laisserait pas le temps de mentir… et tous deux pleureraient…

— Ma pauvre petite Cady ! gémit-il douloureusement.

VI

Tout était encore silencieux dans le château, que baignait la pâle lueur matinale.

Au léger bruit de la porte de sa chambre ouverte avec précaution, Cady, qui sommeillait seulement, se dressa dans son lit, le cœur battant à coups redoublés, une angoisse l’étreignant. Elle devinait subitement :

« Ça y est, Deber a parlé !… C’est le juge et c’est la grande scène !… Attention, ou je suis fichue ! »

Dans la pénombre de la pièce aux persiennes et aux rideaux fermés, Renaudin avançait d’un pas incertain.

— C’est toi, Victor ? demanda aussitôt Cady, calme et rieuse.

A cet accent tranquille, au son de cette chère voix dont la sérénité était la plus frappante protestation contre les accusations souillant la jeune femme, un flot de joie inouï, absurde, indescriptible, inonda le cœur ulcéré du pauvre homme.