Un silence inattendu, gênant, étrange, entre ces trois personnes, succéda à ces paroles. Et chacun en demeura étonné et saisi.

Cady laissa tomber, avec un petit sourire triste, une phrase inachevée, au sens limpide pour eux trois.

— Ah ! mon pauvre Jacques !…

Renaudin courba la tête, stupéfait, plein d’effroi du flot de pensées, de soupçons, de fantômes que ces quelques mots de l’ami venaient de déchaîner inopinément en lui.

Mon Dieu ! le poison apporté par ce misérable Deber était donc resté dans son organisme, puisque ce qui, la veille, lui eût paru naturel, innocent, lui causait aujourd’hui de telles suspicions ?…

Laumière, nerveux, voulut réagir.

— Eh bien ? fit-il sèchement. Qu’est-ce que mon projet a de si extraordinaire ?… Je ne pense pas que Cady ni vous ayez le désir de retourner à la Brolière cet été, après ce qui s’est passé ce matin ?… et, il y a trois jours, vous reconnaissiez que Cady avait besoin de la campagne…

Renaudin s’était ressaisi ; il tourna vers Jacques son visage au masque habituel, où pourtant quelque chose d’inquiet, de frémissant subsistait, perceptible pour celui qui l’aurait étudié attentivement.

— Certainement, dit-il avec calme, et je vous remercie de votre pensée… mais il est plus convenable que ma femme soit chez elle… Je verrai à lui louer une villa…

Laumière exagéra sa surprise.