Dans l’après-midi du même jour, Renaudin, Cady et Jacques Laumière roulaient dans l’express de Paris. Marie-Annette était déjà partie dans l’auto du journaliste.

A la Brolière, Mme Darquet téléphonait furieusement, relançant les Parisiens encore disponibles, acharnée à remplir les vides du château, à noyer sous un flot de visiteurs les rancœurs et les colères qu’elle venait d’éprouver.

Seuls dans leur compartiment, les voyageurs se taisaient, les regards des deux hommes revenant malgré eux furtivement au joli visage pâli et las de Cady, dont les lignes déjà frêles s’étaient subitement encore amenuisées.

De temps en temps, elle faisait effort sur elle-même ; ses yeux absents, vagues, se fixaient durant une minute sur le paysage verdoyant que l’on traversait, et, se tournant vers ses compagnons, elle leur souriait, elle laissait tomber quelques remarques.

Puis, de nouveau, elle s’isolait, son esprit s’envolait ; il n’y avait plus rien là, près d’eux, qu’un fragile petit assemblage de chair endormie, de muscles, de nerfs, d’épiderme insensibilisés.

La chaleur était intense ; toutes les vitres baissées, la course du train n’arrivait à produire qu’un courant d’air insignifiant.

Pendant l’un de ses moments lucides, Cady observa en soupirant :

— Cela doit être intolérable, aujourd’hui, à Paris.

Jacques Laumière en profita pour lancer une proposition.

— Je connais une très simple, mais très jolie propriété, dans un endroit tranquille et ignoré, à une heure de Paris… Si cela vous va, je la loue, et vous accepterez mon hospitalité… Il vous sera facile, Renaudin, d’y revenir tous les soirs en attendant les vacances… Quant à Cady, elle amènera simplement sa femme de chambre et n’aura à s’inquiéter d’aucun soin de ménage fastidieux… mes domestiques sont habitués à se débrouiller seuls.