Il se leva aussi, acceptant ce congé docilement.
— Vous me permettrez de revenir demain ?
Elle ne répondit pas. Il se pencha, prit ses deux mains, les réunit sous ses lèvres, puis les laissa retomber et se retira.
— A bientôt.
Restée seule, Cady erra dans la chambre, irrésolue, désemparée, luttant de plus en plus faiblement contre l’impulsion qui, graduellement, l’envahissait ; la possédait tout entière…
Enfin, vaincue, elle fit un geste et s’assit à son bureau, atteignit, les mains tremblantes, du papier à lettres, un porte-plume…
Cependant, au moment d’écrire, sa tête se pencha, son buste se courba, elle appuya son front sur son bras replié, et pleura, secouée de sanglots profonds.
Mais cette émotion même, ce désarroi pour lancer l’appel suprême, aggravaient encore en elle son sentiment d’abandon, son effroi et aussi son aspiration aveugle, irrésistible vers la seule affection, vers l’unique appui qu’elle eût toujours trouvé auprès d’elle, vers le malheureux Renaudin qui l’avait fuie, au jour du désastre, mais qu’elle ne pouvait croire implacable, qu’elle savait l’aimer encore. Sa pitié, son pardon, elle en était bien certaine !…
Ah ! sa solitude l’épouvantait !… Qu’il vînt !… Qu’il l’entourât de ses bras ! Qu’il lui fût permis de pleurer sur sa poitrine, qu’elle se sentît à l’abri, défendue, protégée, adorée…
Elle se souleva, essuya ses pleurs, trempa la plume dans l’encrier et écrivit. Elle ne cherchait point ses mots, s’inquiétait peu de coordonner ses phrases. Elle appelait son ami, elle lui disait son isolement, son besoin de lui, sa certitude de le ramener immédiatement à elle… Elle ne faisait aucune allusion au passé qui, déjà, lui paraissait très loin, oublié, presque effacé… Elle n’essayait ni d’expliquer ni de mentir, ne parlait point de repentir, ni ne faisait de promesses pour l’avenir. Elle disait qu’elle souffrait, qu’elle souhaitait ardemment le retrouver, elle lui criait de se hâter…