— Celles qui ont des devoirs dans leur famille, et qui y sont, pour ainsi dire, en surplus. Tenez, pour que vous me compreniez, il faut que je vous rappelle que chez nous on a conservé des principes surannés… L’ancienne forme légale de la famille, qui était basée sur l’autorité absolue du chef de la maison, et le droit d’aînesse, nous paraît la plus belle, la plus forte qui soit… Et, bien entendu, sans nous insurger contre les lois et les mœurs modernes, nous observons quand même un peu l’ancienne règle… Maurice et Germaine, les deux aînés, sont destinés à perpétuer, lui le nom, elle la race… Il est juste que tout, matériellement et moralement, les favorise dans leur tâche… Moi, je suis l’en-cas… l’enfant qui comble un vide si un malheur arrive… Si, par bonheur, les aînés prospèrent, la cadette est du superflu… Le hasard la servant, elle se bâtira peut-être un foyer modeste, mais elle satisfera d’abord aux besoins de la famille… Tant pis si le temps s’écoule durant cette besogne et si elle laisse passer l’heure de se créer une existence personnelle… Il y aura toujours assez de devoirs pour l’occuper autour du vieux foyer, et sa vie ne sera pas inutile…


Ce soir-là, toutes les fenêtres bien closes, le bruit de la mer agitée n’arrivant plus qu’en un bourdonnement berceur, Cady regardait distraitement les braises et les flammes du foyer, inactive, tandis que sa compagne cousait activement, penchée sous la lampe. Soudain, Cady la questionna :

— Denise ?… Qu’est-ce que vous pensez du divorce ?

La vieille fille répondit avec franchise :

— Ma chère petite, je suis d’un illogisme qui me stupéfie moi-même !… Je l’ai en horreur, je ne l’admets en aucun cas… Et, cependant, pour vous, il ne me choque aucunement ; il me paraît naturel.

Cady l’examina longuement.

— Qu’est-ce que votre frère vous a dit des causes de mon divorce ?

Mlle Denise rougit jusqu’à la racine de ses cheveux, encore châtains bien que parsemés de quelques fils blancs.

— Je ne sais pas s’il m’a tout dit, fit-elle à voix basse. Il m’a dit ce qu’il fallait pour que je vous aime, et que je vous plaigne.