Mlle Denise songeait, toute désorientée :

— Je vous revois, je vous entends… dans cette petite chambre là-bas… pâle, pleurante, si touchante… me disant de façon si émouvante que votre mari vous était indispensable… Je vous avais si bien comprise alors… Vous ne pouviez l’aimer d’une manière romanesque, mais vous étiez attachée à lui, et vous ne vouliez pas admettre l’idée de la séparation… Depuis ce moment je vous ai toujours vue sous cet aspect… Je croyais que vous n’accepteriez jamais le divorce… Et, encore maintenant, je ne puis imaginer qu’il ne reste rien en vous des sentiments qui vous animaient alors…

Cady expliqua avec douceur :

— Ma chère Denise, que puis-je faire ?… Évidemment, c’est ma faute si j’ai lassé la bonté, usé le cœur d’un pauvre homme chez qui je croyais que la pitié et la patience étaient inépuisables… Mais, puisque le fait existe… puisqu’il veut souffrir à l’écart, en paix, loin de moi… je ne puis ni le poursuivre, ni le forcer à me rappeler près de lui…

— Vous avez raison, accorda Mlle Denise, hésitante, cependant…

— Cependant, acheva Cady pour elle, selon vous, je devrais demeurer éternellement blessée, pleurante, en deuil de mon bonheur conjugal ?… Eh bien, non, cela m’est impossible… A une heure de souffrance bien autrement aiguë que celle dont vous avez été témoin, j’ai pensé à mourir… Je n’ai pas pu… Ne peut pas toujours se suicider celui qui a le plus sincère, le plus fervent désir de mourir… Alors, puisque je dois vivre, je vis !…

Mlle Denise lui tendit la main spontanément, entraînée soudain par l’accent frémissant, par tout ce qui se dégageait d’intensément vibrant de la jeune femme.

— Oui, oui, vous avez raison ! répéta-t-elle, mais cette fois avec une conviction pleine d’effusion et de tendresse. Vivez ! Soyez heureuse, et rendez heureux ceux qui vous aiment !… En effet, c’est plus beau, c’est meilleur que de s’abîmer dans un désespoir lâche et sans issue !…

Quelque chose de sec, d’amer, passa sur les traits de Cady.

— Ça, c’est un autre ordre d’idées !… Être gai, en train, c’est une affaire d’équilibre, de santé… et, à présent, je me porte à merveille… Être heureux, ça n’est pas la même besogne… Quant à rendre heureux les autres, ce n’est pas non plus très bien dans ma partie… Du moins, jusqu’ici j’ai plutôt saboté le travail !…