Mlle Denise releva les yeux et dit avec un doute timide :
— Étiez-vous sincère, alors ?
— Naturellement oui ! affirma Cady avec vivacité. Seulement, le temps a passé.
— Peu de temps, en réalité.
— Cela n’importe guère… Pour certains, il faut dix ans pour se consoler, pour d’autres dix mois, et d’autres encore dix jours.
— Ainsi, vous êtes gaie ?
— Non… je me suis servie d’un terme impropre… Au fond de moi, il y a encore… il y aura toujours… un tas de choses tristes… Oh ! bien plus que vous ne sauriez l’imaginer !… mais la vie a repris en moi… le besoin non pas d’effacer, non pas d’oublier l’ineffaçable, l’irréparable, mais… comment dire ?… de poser dessus quelque chose d’hermétique… Mon existence, et celle de beaucoup de gens, je crois, est à compartiments, empilés les uns au-dessus des autres… Ce qu’il y a dans les tiroirs d’en dessous y reste… il n’y a pas de communication avec ceux d’en dessus… il ne faut pas qu’il y en ait.
Mlle Denise réfléchissait ardument.
— Je ne conçois pas cela.
— Parce que, d’abord, nous n’avons pas la même nature, puis nos vies sont tellement dissemblables !… La vôtre fut si unie… On ne voit pas, en effet, quelles séparations pourraient exister… Ça a coulé, ça coule, ça coulera toujours à peu près pareil… Moi, c’est différent.