— Eh bien, c’est qu’il compte vous en parler… et à moi aussi… Pourquoi attendrait-il ?… Ça serait la gaffe… C’est le vrai moment pour m’adresser une proposition de mariage.

Mlle Denise saisit ses deux mains avec élan.

— Oh ! ma chérie, vous serez donc sa femme ?

Cady se leva, avec un rire nerveux.

— N’allez pas si vite !… Il faut d’abord qu’il me le demande !… Seulement, je vous préviens… mettez un poulet ou un quartier de bœuf, car ce colonial est carnivore !…

XIII

Lorsqu’ils se levèrent de table, la nuit était venue, le repas s’était éternisé, grâce à la gaieté franche, presque exubérante de Maurice et de Cady. Mlle Denise, d’abord émue, bouleversée, avait fini par se mettre à peu près à l’unisson de ses convives.

Pourtant, elle n’arrivait point à comprendre leur aisance, et elle s’étonnait de l’entrain inusité, de la bonhomie radieuse de son frère autant que de l’air « jeune fille » et insouciant de Cady.

Comment, entre ces personnages, pouvait-il y avoir le drame dont elle connaissait les faits essentiels, si graves, et autour duquel elle devinait tant d’autres abîmes ?…

Le voyageur était entré dans la villa une heure après l’arrivée du train, correct, élégant, avec la mine tranquille d’un visiteur attendu. On l’avait accueilli sans démonstrations ; pas une fois une allusion n’avait été faite aux événements récents, à la situation de Cady. Et, tout de suite, entre eux trois une camaraderie amicale s’était établie, avec, de la part de Maurice, vis-à-vis de Cady, cette nuance d’émotion respectueuse, attendrie, du fiancé envers sa jeune fiancée.