Fuir avec Georges ?… On les reprendrait, on les séparerait… Le rappeler, braver l’opinion ?… Non, non, « ils » avaient le pouvoir, on le ferait disparaître, lui ; on la riverait à sa place, elle !…

Elle se leva, avec une exclamation sourde, et répéta tout haut la phrase de la lettre de Georges, avec, inconsciemment, l’accent qu’il aurait eu en la prononçant :

« Peut-être que nous avons eu assez de bonheur, et que ça sera fini pour nous. Alors, à quoi bon rester ? »

C’était cela la solution, il avait raison… Tout s’écroulait autour d’eux… Eh bien, on ne s’attarde pas parmi les décombres… On se défile, pardi !…

Et fiévreuse, mais les mains sûres, l’esprit absorbé, bien que les idées nettes, elle saisissait son chapeau, l’épinglait sur sa tête très solidement, avec une arrière-pensée :

« Il ne faut pas qu’il tombe et que je sois décoiffée. »

Et elle repoussa une subite vision d’horreur.

« Baste ! comme cela ou autrement, on est toujours laid quand on est mort ! »

Elle ne chercha ni ses gants ni son sac. Elle sortit, ferma la porte, et glissa la clef dans son corsage.

« Pas une pièce d’identité. Ils seront longtemps à me retrouver… La surprise n’en sera que meilleure », pensa-t-elle avec une sorte de satisfaction rancunière.