En réalité, hommes et femmes aiment Georges un peu comme l’aime Cady elle-même. Ils ne savent pas définir si c’est son attrait équivoque qui les attire, ou son âme tendre et blessée… Ils ne sauraient dire ce qui se mêle de trouble inavouable à leur intérêt et à leur pitié, ni déterminer ce qu’il y a de pur et d’équivoque en leur sentiment…
Que d’aperçus singuliers, attachants, cela donne sur l’âme contemporaine féminine… et masculine… Combien elle fait réfléchir cette inclination, la plupart du temps timidement avoués, mais si forte, si irrésistible, pour un Georges !…
Et cette sympathie troublée pour le jeune amant de Cady qui l’a tout à coup fait surgir au premier plan, tout à côté, vraiment l’égal de Cady elle-même, a inspiré à l’auteur l’idée d’approfondir à part pour le public ce caractère qu’il connaît si bien, mais dont le plan tracé depuis longtemps de l’histoire de Cady ne lui permet pas de donner le développement complet auprès de l’héroïne principale.
Avant que la Petite Cady parût, j’avais construit en cinq volumes le scénario complet et fidèlement suivi depuis lors de cette existence féminine que je souhaitais tracer devant le public.
Après l’enfance de Cady, son existence de jeune fille proprement dite ne me paraissant pas comporter de développement intéressant, j’abordai immédiatement sa vie de femme mariée, que d’avance, mathématiquement, son adolescence avait déterminée. Ce furent Cady mariée et le Divorce de Cady qui sont aujourd’hui sous les yeux des lecteurs.
Prochainement, ils auront la suite et la fin de l’existence conjugale de Cady dans un ouvrage intitulé Cady remariée. Et, plus tard, Cady mère complétera, et, je puis dire, donnera la clef du but que je me suis proposé en écrivant cette série : prouver qu’une éducation funeste impose à l’âme la plus exquise les désordres et les fautes, les chutes et les actes les plus blâmables, qu’elle gâche irrémédiablement une existence, mais que, néanmoins, le fond d’un cœur et d’une intelligence heureusement doués demeurent prodigieusement intacts sous les souillures multiples, et sont capables vers la fin de l’étape de pousser soudain d’admirables et vigoureux rejetons.
Je n’ai d’ailleurs point la vanité de croire avoir découvert cette vérité pour la première fois. C’est, en somme, la traduction « laïque » et scientifique de cet antique précepte religieux que le pécheur entraîné par le diable dans les pires sentiers peut néanmoins rentrer dans la vertu grâce à la rédemption. Si les religions et les philosophies ne reposaient pas sur de solides réalités, leur fatras n’eût jamais obtenu leur souveraineté sur la pensée humaine.
Donc, à côté de cette idée initiale du tableau des phases de l’âme de Cady que je poursuis et que je terminerai comme j’en ai toujours eu le projet, j’essaierai en surplus un ouvrage offrant des difficultés presque insurmontables… Le Journal de Georges… où lui-même, en des heures particulièrement angoissantes, tracera de sa plume malhabile tout ce que son être secret renferme de divers et parfois de contradictoire.
Si les circonstances me le permettent, le Journal de Georges paraîtra juste après Cady remariée, précédant peut-être de quelques années Cady mère, le point final de cette étude.
Maintenant, après ces quelques mots destinés à satisfaire aux demandes qui m’ont été faites concernant la suite de Cady mariée, et auxquelles je ne saurais répondre individuellement, il me faut encore ajouter ceci.