Juin était si morose, cette année-là, malgré les promesses du printemps, que sous ses pluies, ses souffles aigres, on se serait cru plutôt au début d’un hiver maussade.

C’était la troisième fois que Cady se rendait à l’appartement du passage Porsin sans rencontrer Georges, sans trouver un mot d’explication, un souvenir, la moindre trace de sa venue.

Elle n’avait pas d’inquiétude précise, mais elle éprouvait un sourd malaise, un pénible et irritant sentiment d’attente d’on ne sait quoi de funeste…

Elle sortit sur le palier, renonçant à l’espoir de voir son ami aujourd’hui encore. Les yeux baissés, sans regarder autour d’elle, elle ferma soigneusement la porte à double tour, ainsi qu’elle ne manquait jamais de le faire, comme si elle enfermait dans ces pièces solitaires tout ce qu’il y avait d’inestimable dans sa vie.

Elle se tourna, et aperçut brusquement Maurice Deber en face d’elle, immobile, en une faction que l’on devinait avoir été longue, rien qu’à son attitude exaspérée, hostile et obstinée.

Il prononça tout de suite, la voix altérée :

— Rentrons, j’ai à vous parler…

Et, comme elle avait un haut-le-corps indigné à cette proposition, il ajouta rapidement, avec brutalité :

— Si, si, il faut !… nous ne pouvons pas nous donner en spectacle dans la rue… Ni causer de Georges Félini, de votre amant chez votre mari !… Rouvrez cette porte et entrons.

Cady avait eu un léger tressaillement à ce nom de Félini, qu’elle entendait pour la première fois. Ses yeux se fixèrent, noirs, troublants, sur l’ami importun ; puis, elle se retourna silencieusement, remit la clef dans la serrure, et entra. Il la suivit, et referma aussitôt la porte derrière eux, les yeux rivés sur la jeune femme, sans se soucier des entours.