Renaudin dit très vite, donnant visiblement cours à des idées qui le tourmentaient depuis longtemps.

— Cady, pourquoi m’as-tu menti ?… Pourquoi m’as-tu caché une part de ta vie ?… des rêves, des sentiments, des chagrins assez puissants pour t’avoir amenée à ce geste affreux…

La voix lui manqua. Il ne pouvait dominer l’afflux de désespoir, d’épouvante que lui apportait le souvenir de cette preuve qu’il ne comprenait rien à cette enfant chérie, qu’il ignorait tout d’elle, qu’il se trouvait devant elle en des ténèbres impossibles à dissiper !…

Cady avait voulu se tuer !… Cady, qu’il supposait un esprit gamin, frivole, léger, incapable d’impressions graves et profondes… Cady dissimulait une âme sensible, tragique, passionnée… Cady avait rêvé, espéré, et sans doute désespéré… Cady, la sceptique, l’ironique, la sensuelle à fleur d’épiderme avait tressailli, aimé !… car il n’y avait que la démence de l’amour qui pût la conduire à la volonté de mourir…

Il supplia :

— Dis-moi, parle-moi… avoue !… Qui aimais-tu ? Quel roman s’est développé dans ton cœur ? Quel drame s’est joué là, près de moi, contre moi, sans que je l’aie deviné ni pressenti ?… Mais parle donc, avoue donc !…

Elle releva sur lui ses grands yeux volontairement, implacablement vides, et sortit de son mutisme avec un air d’ennui :

— Tu imagines un tas de folies… Je n’ai rien à te dire, rien à t’avouer… puisqu’il n’y a rien…

Il eut un sursaut d’indignation.

— Il n’y a rien et tu veux mourir !… La vie te paraît insupportable à ton âge, et il n’y aurait rien !…