Il comprit qu’il avait commis une lourde bévue en engageant sur ce ton un entretien qu’il eût souhaité tout d’émotion, de tendresse et d’abandon.
— Cady !… reste… oublie ce que je t’ai dit… Ne vois en moi que ce qui est… ton ami… qui le restera toujours…
Elle se rassit, entourant son genou de ses mains croisées, souriant avec une froideur dédaigneuse.
— Un ami ?… Qui, au premier prétexte se dresse devant vous, de toute sa hauteur grotesque et méchante d’époux et de juge !…
Il quitta son siège et se mit à arpenter la pièce avec agitation.
— Cady, écoute-moi avec ton cœur, avec ta sensibilité… Tu es bonne, au fond, aie pitié de moi, je souffre cruellement !…
Elle haussa les épaules.
— Tant pis… Tu crées du drame autour de nous. Vis tranquillement et ne te tourmente pas de choses inexistantes.
Il protesta avec vivacité.
— Comment le pourrais-je aujourd’hui ? Ah ! certes, j’ai été trop longtemps aveugle et sourd… Mais, maintenant que le fait est là, patent, énorme, criant… Tu es malheureuse, tu veux mourir, tu as donc une existence morale cachée de moi !… Comment puis-je demeurer paisible, fermer mes yeux et mes oreilles ?… Non, non, Cady, il n’y a plus de faux-fuyants, plus de mensonges, plus de dissimulation possible entre nous !… En ce moment, il faut faire une bonne fois la clarté, quand même il en devrait sortir pour moi l’effondrement, le malheur définitif… Quand même il nous faudrait envisager la séparation, la rupture de notre vie à deux… Je ne peux plus dormir auprès d’une énigme, lorsque je suis persuadé que cette énigme a un mot qu’elle me tient obstinément caché… Parle, dis-moi tout franchement… Je te l’ai déjà déclaré une fois… s’il m’était démontré que tu es malheureuse près de moi… que ton bonheur serait attaché à ce que je m’efface, que je m’éloigne, afin de laisser la place à un autre… digne de toi… plus apte que moi à être aimé… oui, je te l’affirme de nouveau, j’aurais le courage de disparaître…