Elle le regardait profondément, un sourire désabusé aux lèvres.

— Tu dis cela… Je me demande à quel point tu es sincère vis-à-vis de toi-même… Oh ! ne proteste pas, va !… Si tu crois que je ne lis pas au travers de tes réticences, de tes conditions !… Oui, oui, tu laisserais la place à quelqu’un de « plus digne », de « plus apte que toi à faire mon bonheur »… mais on te nommerait n’importe qui que ça serait toujours celui contre lequel tu te lèverais, furieux, pour défendre ton bien !…

Livide, frappé, il balbutia :

— Cady !… Avec ces mots, tu avoues qu’il y a quelqu’un… qu’il y a réellement quelqu’un que tu aimes… pour qui tu voudrais te libérer de moi !…

Elle se leva et soupira longuement, semblant porter sur ses épaules un manteau écrasant.

— Eh ! non, il n’y a personne… Personne, entends-tu…

Et, avec un petit rire aigu, énervant, elle ajouta, railleuse :

— Comment, peux-tu supposer qu’il y ait de par le monde quelqu’un qu’on puisse te préférer ?… qui soit digne d’être accepté par toi pour te remplacer ?…

Pas un instant elle n’avait eu la pensée d’avouer, le leurre d’espérer que Renaudin tiendrait sa parole et s’écarterait de sa vie si elle lui criait la lourde peine qui emplissait son cœur, l’amour sauvage, intime, profond, indéracinable qui la liait au misérable petit compagnon de son enfance dévoyée… Elle avait au fond d’elle une amère hilarité. « Ah ! la tête de Victor, si elle avait nommé Georges !… Quelle rage ! Quel déchaînement ! »

Pendant ce temps, le pauvre juge pleurait.