Cady fit un geste délibéré et s’assit sur le lit.
— Monsieur Deber !… Oui, monsieur Maurice Deber, je vous parle ! fit-elle d’une voix aiguë et acerbe.
Il s’arrêta devant elle et l’examina avec une expression indéfinissable de répulsion et de passion sur ses traits contractés.
— Monsieur Maurice Deber, reprit-elle, avec une intonation plus marquée de raillerie et de mépris, voulez-vous me dire si vous comptez vous promener longtemps sans achever de m’expliquer vos intentions, le mobile qui vous a poussé à vous mêler à une aventure qui ne vous touche en aucune façon ?…
Il recommença son premier thème, d’une voix forte et colère.
— Je vous avais vue, je vous dis !… et je suis revenu… Je me suis attaché aux pas de votre amant, je l’ai suivi jusqu’au lieu infect où il exerce son métier de grec… pis encore !… Ah ! il ne m’a fallu que peu d’artifice et d’astuce pour m’introduire dans la place… Mon apparence exotique, ainsi qu’un peu d’or semé ont inspiré confiance, et j’ai pu juger de ce qui se passait en ce bouge !… La nuit achevée, je suis sorti avec « lui »… J’ai saisi cette crapule à la gorge et je lui ai dit : « Suis-moi, nous avons à nous expliquer ! » Il a essayé de m’échapper, mais je le tenais bien… Il m’a accompagné bon gré mal gré… Je l’ai confessé, ou plutôt je lui ai dit ce que je savais, et je lui ai donné mes ordres… Il a senti que j’étais le plus fort, et il a cédé… Le lendemain matin, il a quitté la France pour toujours !…
Et Cady ayant un geste d’incrédulité, il appuya violemment :
— J’y veillerai !… Moi vivant, il ne reparaîtra plus dans le lieu où vous serez !…
Une subite rougeur de colère monta au visage de la jeune femme. Elle jeta, la voix coupante :
— Vous vivant ?… Eh bien, mais, vous ne vivrez peut-être pas toujours !…