en 1918: «A coup sûr, Blasco Ibáñez est plus notoire en France que Pérez Galdós, José de Pereda et même que la Comtesse Pardo Bazán. Cela, peut-être, ne tient point à ce que Blasco «escribe para la exportación»[217], mais, à ce que, pourvu d’une puissance d’expansion œcuménique, l’art du maître ne prend point souci des frontières, montagnes ou préjugés. Il est connu en France comme Rudyard Kipling, ou cet emphatique D’Annunzio; mais avec un renom plus vaste et de meilleur aloi. Déjà, les écrivains, ses frères, et les humanistes, les experts dans le métier d’écrire, le tiennent pour un héros de l’Art, comme il fut un héros de l’Action et de la Politique. Ce n’est pas une gloire viagère qu’ils promettent à ses écrits. En effet, Blasco Ibáñez—écrivain, penseur, poète—appartient à la lignée auguste des Maîtres qu’applaudit l’Univers. Et c’est un héritier de Balzac, un émule de Maupassant ou de Zola que donne à la France le pays de Calderón et de Cervantes.» Ces paroles, dans l’organe de l’Institut d’Etudes Hispaniques de l’Université de Paris, dont M. E. Martinenche, professeur à la Sorbonne, est Président, ont leur signification, sans doute. Voici, maintenant, celles de l’ex-ambassadeur à Madrid, actuel Président de la George Washington University, lors de la cérémonie du 23 Février 1920: «In your person, sir, we see the modern glory of Spanish literature effulgent. You have written much and your readers are numbered by millions and are found in all lands. Your «Four Horsemen» have already galloped around the globe. More than two hundred editions of that one novel have been printed. Your works show the highest literary genius. You have the power not only of vividly describing things, but of interpreting their inner significance. Thoroughly realistic, there is in all that you have written a full tide of human sentiment. There is a strength and a vigor in the characters that you have created that suggest the statues of Rodin. Upon the pages of the printed book, you, a Spanish writer, have drawn pictures that have all the vital energy and all the passionate realism that distinguish the paintings of your great compatriots, Sorolla and Zuloaga. Critics were not uttering empty compliments, when they said of you: «Zola was not more realistic; Victor Hugo was not more brilliant.» We North Americans do not challenge the statement of one of our own greatest novelists, William Dean Howells, who has said of one of your novels that it is «one of the fullest and richest in modern fiction, worthy to rank with the greatest Russian works and beyond anything yet done in English, and in its climax as logically and ruthlessly tragical as anything that the Spanish spirit has yet imagined». We accept the verdict of those who have pronounced you the foremost of living novelists and who have declared that your works have a permanent place in the world’s literature»[218].

A ces deux témoignages, il sera bon, sans doute, d’adjoindre un témoignage d’Espagne. Je le choisirai parmi les plus récents et l’emprunterai à l’organe des francophiles catalans, cette Publicidad qui a si vaillamment défendu la cause alliée pendant la Guerre et qui, saluant—dans son édition du soir du 27 Avril 1921—l’arrivée de Blasco Ibáñez à Barcelone, voit en lui avant tout l’écrivain «homme d’action» et—préludant par ses louanges aux fêtes que Valence prépare à son romancier—exalte, en ce descendant spirituel des grands génies coureurs de monde du XVIème Siècle espagnol, «el único hombre de España que ha sabido, con gran tumulto, correr mundo...»

VÉRONNES (Côte-d’Or), Mars-Avril 1921.

TABLE DES MATIÈRES

Pages
[I.]L’homme et ses distractions.—Son amour des livres et sa haine pour les manuscrits et brochures, ainsi que les articles de presse.—Les cinq bibliothèques différentes.—Son oubli du passé et de ses propres œuvres.—Incapable de vieillir, il n’a de pensées que pour l’avenir.[5]
[II.]Sa jeunesse et ses ascendants.—Le prêtre guerrillero.—Enthousiasme pour la mer.—Horreur des mathématiques.—L’étudiant indiscipliné.—Madrid et D. Manuel Fernández y González.—Le premier discours révolutionnaire.—Un sonnet gratifié de six mois de prison.[19]
[III.]Le révolutionnaire.—Il émigre à Paris.—«Le grand homme numéro 52.»—Vie joyeuse et batailleuse au Quartier Latin.—Le journal El Pueblo.—Enorme labeur de journaliste.—Poursuites judiciaires et emprisonnement.—Fuite en Italie et composition de En el País del Arte.—Condamnation au bagne par le Conseil de guerre de la 3e Région Militaire.—Du Presidio à la Chambre des Députés.—Triple besogne de député, conspirateur et romancier.—Ses désillusions politiques et son romantisme républicain.[40]
[IV.]Aversion pour les groupements littéraires.—Individualisme.—Le programme esthétique de l’auteur.—Ses goûts somptuaires: le «palais» de la Malvarrosa et le petit hôtel de Madrid.—Histoire d’une table de marbre.—Un voyage de Madrid à Bordeaux qui se termine en Asie Mineure.—Oriente.—Avec le «Sultan Rouge».—Le forçat au palais du souverain des Mille et Une Nuits.—La plaque de brillants de Blasco Ibáñez.—La mission que lui confie le Grand Vizir.—Le retour en Espagne en Novembre 1907.[65]
[V.]Blasco Ibáñez ami de la lecture et de la musique.—Son culte pour Beethoven et pour Victor Hugo.—Ses duels.—Une balle de charité qui faillit devenir balle homicide.—Sa discrétion d’auteur.—Ses scrupules sentimentaux.—Histoire du roman: La Voluntad de Vivir.[96]
[VI.]Voyage en Amérique du Sud.—Amitié avec Anatole France.—Prouesses de Blasco Ibáñez comme conférencier.—Le «ténor littéraire» bat le torero, ou 14.500 francs or pour une conférence.—L’orateur se transforme en colonisateur.—La vie dans la Colonia Cervantes, en Patagonie.—Triple lutte: avec le sol, avec les hommes, avec les banques.—Un discours prononcé la carabine Winchester à la main.—Fondation d’une seconde colonie, à Corrientes.—Contraste entre ces deux settlements, séparés par 4 jours et 4 nuits de chemin de fer.—Le premier hôte de la nouvelle maison tropicale.—Le colonisateur renonce à son entreprise.[116]
[VII.]La guerre vue de l’Océan, avant sa déclaration.—Foi extraordinaire de Blasco Ibáñez dans le triomphe final des Alliés.—Son antigermanisme systématique.—Son immense labeur au cours des hostilités.—Les 9 tomes de son Historia de la Guerra Europea de 1914.—Ses trois romans de «guerre».—Manifestations des germanophiles de Barcelone contre Blasco.—Les souffrances de la vie à Paris.—Son abnégation héroïque «por la patria de Victor Hugo».[148]
[VIII.]L’immense succès, aux Etats-Unis, des Quatre Cavaliers de l’Apocalypse.—Comment l’auteur en eut connaissance.—Le roman vendu 300 dollars produit une fortune à la traductrice.—Un éditeur «rara avis».—Voyage de Blasco Ibáñez en Amérique du Nord.—Triomphes et honneurs.—Le Militarisme Mexicain.—Le Dr. Blasco Ibáñez revient en Europe pour y écrire, à Nice, El Aguila y la Serpiente, roman mexicain.[172]
[IX.]Classification des romans de Blasco Ibáñez: Romans valenciens, Romans espagnols, Cycle américain, Triptyque de «guerre».—Blasco Ibáñez est-il le «Zola espagnol»?—Comment Blasco a écrit ses romans.—Quelques réflexions sur le style du romancier.[192]
[X.]Etat de la littérature à Valence avant Blasco Ibáñez.—Importance des Contes de ce dernier pour l’appréciation de ses romans valenciens: Arroz y Tartana, Flor de Mayo, La Barraca, Entre Naranjos, Sónnica la Cortesana, Cañas y Barro.[217]
[XI.]Les romans «espagnols».—I° Romans de lutte: La Catedral, El Intruso, La Bodega, La Horda.—II° Romans d’analyse: La Maja Desnuda, Sangre y Arena, Los Muertos Mandan, Luna Benamor.[246]
[XII.]Le programme «américain» de Blasco Ibáñez en 1914 et aujourd’hui.—Los Argonautas.—Sujet et valeur de ce roman.—Amour ancien et profond de Blasco pour l’Amérique.[275]
[XIII.]Les romans de «guerre»: Los Cuatro Jinetes del Apocalipsis, Mare Nostrum, Los Enemigos de la Mujer.—Conclusion: L’œuvre future de Blasco Ibáñez et sa signification actuelle dans les lettres espagnoles.[291]