Oui, c'était bien un chêne, et d'une fleur de serre
Il n'a pas l'agrément;
Son écorce est rugueuse et sombre: en pleine terre
Il a crû lentement.
Sa racine a senti bien souvent de la roche
Le contact détesté;
Mais elle la contourne et sur elle s'accroche
Avec ténacité.
Sa tête sans orgueil dépasse à peine l'herbe.
Qui durera verra!
L'herbe sera fauchée, et la cime superbe
Longtemps s'élèvera.
L'arbuste pousse vite et son riche feuillage
À bientôt recouvert
Le jeune arbre sans grâce et sans fleurs, qu'un même âge
Fait moins fort et moins vert.
Sois patient! le Temps qui sans pitié ravage
Et la tige et la fleur
De l'arbuste, saura du vieux chêne sauvage
Consacrer la valeur;
Ses branches se tordant ainsi que des reptiles
Croîtront dans l'avenir,
Quand on aura perdu des plantes inutiles
Même le souvenir.
À toi merci, prophète aux strophes téméraires,
Pour avoir deviné
Que le frêle arbrisseau, battu des vents contraires,
Était prédestiné!
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