Pour te défendre, Aulète à l'oreille rebelle,
Tu brandiras en vain
Du dieu Pan qui t'a fait l'existence si belle
La flûte dans ta main.
Elle rend sous ta lèvre experte et charmeresse
Un son voluptueux
Qui nous donne parfois l'inquiétante ivresse
D'un parfum vénéneux;
Des accords savoureux, inouïs, téméraires,
Semant un vague effroi,
Apportant un écho des surhumaines sphères,
Inconnus avant toi.
Mais l'essaim de mes vers, tourbillonnant, farouche,
Sur elle s'abattra,
Obstruant les tuyaux; le sens deviendra louche
Des sons qu'elle émettra;
Puis, jouet inutile entre tes mains d'athlète,
La flûte se taira.
O vengeance terrible et dont l'ingrat poète
Le premier gémira!
Car, pour lui, le retour de la rose ingénue
Après l'hiver méchant,
Après un jour brûlant la fraîcheur revenue
Ne valent pas ton chant!
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LE CHÊNE
À M. Edmond Cottinet.
Le chêne a-t-il grandi? tient-il bien sa promesse,
Ami des anciens jours?
Et ce que tu disais de lui dans sa jeunesse,
Le penses-tu toujours?