Rouvre ton aile, ami! sois digne de ta race!
De corriger les mœurs ne va pas te flatter.
Le feu de la Jeunesse est la lave qui passe,
Et des sermons rimés ne peuvent l'arrêter.

Chante l'astre, la fleur, les bois, la mer si belle,
Les splendeurs de la Femme et les malheurs des Rois,
Le tout-puissant Amour, la Vengeance cruelle,
Et non le pot-au-feu d'un ménage bourgeois!

Sois poète: tes doigts savent toucher la Lyre;
Ils ont eu les leçons d'une savante main.
Oh! comme il me sera délicieux de lire
Le volume de vers que tu feras demain!

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À GRENADE.

À M. Georges Clairin.

L'Alhambra, qu'ont bâti les enfants du prophète,
Contre la vétusté vaillamment se défend.
Il est toujours paré comme pour une fête;
On dirait qu'il espère: on dirait qu'il attend.

Qui sait—(toujours l'Islam agrandit son empire!)
Si les fils de Mahom, enchantement des yeux,
Quand le Christ ne sera plus là pour les maudire,
N'y replanteront pas l'étendard des ayeux?

Car le Christ dont la croix pâlit sur les murailles
N'est plus l'inspirateur des conquérants jaloux;
Les peuples d'Occident se livrent des batailles,
Mais ce n'est plus la Foi qui dirige leurs coups.

Ils ergotent sans fin sur des questions vaines;
Ils veulent agrandir la terre sous leurs pas;
Et, faisant bon marché des souffrances humaines,
Devant les pleurs, le sang, ils ne désarment pas.