Avec le mètre et l'heure, infime,
L'homme prétend jauger les mers
Dont l'infini creuse l'abîme,
Qui pour flots ont des univers!

Sonnez, sonnez, Heures futiles,
Mensonge par l'homme inventé!
Résonnez! vos sons inutiles
Se perdent dans l'éternité.

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SÆVA MATER AMORUM

À Madame***

Tu m'as persécuté toujours dans ta colère;
Tu n'as pas pardonné,
O Vénus! qu'au grand art, à l'étude sévère
Mon cœur se fût donné;

Et tu m'as mis au flanc la chimère éternelle
De l'Idéal rêvé:
L'amour pur comme l'eau des lacs, profond comme elle,
Que je n'ai pas trouvé.

Qui sait? pour vivre heureux dans les bras de la femme
Et protégé par toi,
Fille des flots amers! peut-être au fond de l'âme
Faut-il avoir la foi,

Ne pas chercher un cœur pareil au sien, qui batte
Toujours à l'unisson,
Se contenter de la poupée, et quand on gratte
Rire en voyant le son:

Croire quand même, alors que l'effronté mensonge
Vient nous crever les yeux,
Prendre pour vérité ce qui n'est qu'un vain songe
Et l'enfer pour les cieux;