La faim, la soif, n'ont rien dont le cœur se désole,
Ni le soleil de feu, ni le désert géant;
Qu'importe! ils ont l'Amour: de tout il les console
Et le reste est néant.

Car l'Amour, engendrant voluptés et tortures,
N'était pas dans l'Eden aux vertus condamné:
Il fallait pour qu'il fût connu des créatures
Que le crime fût né.

C'est sur le Désespoir que fleurit l'Espérance;
Pour que le Rut devînt l'Amour prodigieux
Il fallait aux humains le remords, la souffrance
Et les pleurs dans les yeux.

Sicut Dii! Ce mot du tentateur suprême
Était-ce donc vrai: le Mal nous a divinisés.
L'Homme innocent jamais n'eût connu par lui-même
Tout le prix des baisers!

Ils changent notre bouche en exquise blessure
Par où coule à longs traits le sang des cœurs maudits,
Nous rendant chaque jour, mortelle nourriture,
Le fruit du paradis.

II

Tu savais bien, Iaveh! qu'en sa chair frémissante
L'Homme, prompt à bénir et prompt à blasphémer,
Cache une âme qui brûle, à vouloir impuissante
Et faite pour aimer!

Tu mets près de la lèvre un fruit qui la désire;
Tu dis: c'est le plaisir; n'y touchez pas! pourquoi?
Sous notre pied glissant l'abîme nous attire:
Qui l'a creusé? c'est toi!

Sentant de ton pouvoir s'ébranler l'édifice,
O Dieu cruel! en vain pour racheter le Mal
Tu donneras ton Fils, offert en sacrifice
Comme un vil animal!

Trop tard! le blé se sèche et l'ivraie est fertile!
Trop tard! le Mal a fait son œuvre pour toujours!
Ton Fils sur un gibet souffre et meurt inutile:
Et l'Homme, plein de jours,