Lorenza vit qu’elle nous gênait et disparut en nous faisant l’aumône d’un sourire. Alors, je considérai tout à mon aise le prince extasié et je lui demandai :
— Qu’y a-t-il, Monseigneur ?
— Il y a, répondit-il, que tout est oublié et que je suis le plus heureux des hommes !
— Qui vous l’a dit ?
— Comment, qui me l’a dit ?
— Oui, la comtesse ou la « personne » elle-même ? O’Silva ou Myria ?
— J’ai mieux que des paroles. Vous savez, mon divin Cagliostro, que je n’ai pas de secrets pour vous ; vous êtes mon père, mon maître, mon oracle et mon Dieu, — la Trinité réservée. Eh bien ! voyez.
Il me tendait une petite boîte ornée de diamants, en forme de médaillon, qui me parut humide des baisers dont on l’avait couverte. Je l’ouvris, et j’avoue que je demeurai interdit.
Sur des coussins écarlates, une femme était couchée, dans tout l’éclat d’une éblouissante nudité. La petitesse de l’image n’excluait pas le fini des détails, et la ressemblance des traits était telle qu’on ne pouvait méconnaître l’original d’un portrait aussi compromettant. Celle qui s’était fait peindre ainsi, c’était Myria !
On admettra que la joie du cardinal n’avait rien que de très légitime ; ce présent — Myria le lui avait envoyé par l’entremise d’O’Silva, — ne laissait aucun doute sur les intentions clémentes de la sultane. Pour ce qui est de moi, j’étais passablement étonné, et fort satisfait aussi. Celle que nous appelions O’Silva s’était conformée à mes instructions ; nous avions réussi au delà de nos espérances. Le baron de Weisshaupt serait content de moi.