— Elle m’a écrit. J’ai ses lettres.
— Prince, dis-je gravement, vous avez été choisi pour de grandes choses. J’en suis heureux, car je vous aime. Dans les événements qui se déroulent autour de vous, vous serez soutenu par une puissance inconnue. Ne lui résistez pas, et n’ayez jamais avec moi de fausses délicatesses. En tant que votre maître dans la Doctrine, je vous commande de me montrer les lettres que vous avez reçues.
— Il eut un instant d’hésitation, tira enfin d’un petit portefeuille rouge quelques billets qu’il me tendit. J’ordonnai à mon heiduque de faire arrêter la voiture et, m’approchant de la vitre, je dépliai les lettres.
L’écriture m’en était parfaitement connue ; le papier, la poudre, l’encre étaient bien ceux dont Myria usait ordinairement ; il n’y avait rien à reprendre à tout cela ; je n’eusse pas mieux fait moi-même. Néanmoins, ma défiance n’en fut pas diminuée. Au contraire. Ces billets étaient trop vrais.
Quelques-uns, insignifiants, avaient trait à des services rendus ; — celui-ci me parut important :
« Le ministre (c’était de cette façon que Myria avait coutume de désigner le sultan) est en ce moment-ci dans mon appartement. J’ignore combien de temps il y restera. Vous connaissez la personne que je vous envoie. Confiez-lui la cassette et restez où vous êtes. Je ne désespère pas de vous voir aujourd’hui. »
— Par qui ce billet vous a-t-il été remis ? dis-je au prince.
— Par M. Delesclaux, le valet de chambre de la reine.
— Où ?
— Chez Mme de Valois.