— Quand ?

— Avant-hier.

— Pourquoi n’êtes-vous pas venu me le dire hier ?

— Parce que… hier… Je ne puis achever.

— Prince, dis-je, pendant que les chevaux se remettaient au trot, je vous jure qu’il y va de votre salut en ce monde. Me promettez-vous une entière et pleine franchise ?

— Oui.

— A quelle heure et dans quelles circonstances avez-vous vu la personne dont nous parlons ?

— Dans la nuit d’avant-hier, à Versailles. Voici ce qui s’est passé. Mme de Valois, que vous me semblez méconnaître, mon cher comte, m’avait prévenu que je recevrais ce soir-là la récompense de mon dévouement et de ma fidélité. Je suis entré, onze heures sonnantes, par la porte des Réservoirs et, passant sous bois, j’ai descendu le tapis vert pour pénétrer dans le bosquet de Vénus, où rendez-vous m’avait été donné. Le baron de Planta m’accompagnait ; je le priai de s’éloigner et restai seul. Tout à coup un domino parut ; c’était la petite comtesse. « Je sors de chez la reine, me dit-elle ; elle est très contrariée et ne pourra prolonger l’entretien aussi longtemps qu’elle l’eût désiré. Mme Élisabeth et Mme la comtesse d’Artois l’accompagnent. Pourtant, elle trouvera le moyen de s’échapper et de vous dire un mot. » Au bout d’un moment, je vis paraître une forme blanche et majestueuse qui s’avançait légèrement vers moi. Comte, c’était elle ! Je fléchis le genou en balbutiant des protestations d’amour et de respect. « Vous pouvez espérer, me dit une voix émue, que le passé sera oublié. » Et ma reine bien-aimée me tendit une rose, dont je m’emparai en baignant de larmes la main qui me la présentait.

— Comment était habillée Sa Majesté ? demandai-je.

— Ah ! je la vois encore ! Elle avait une longue robe blanche de linon moucheté, un mantelet blanc, et une thérèse qui me permit d’admirer le doux visage qu’elle inclinait vers moi.