— Il faisait bien nuit pour voir tant de choses, répondis-je. Enfin, mon cher prince, vous n’avez aucun doute sur la réalité de l’apparition ?

— Et la voix ? et la rose ? répondit-il. Je vous jure que c’est bien à ma souveraine adorée que j’ai parlé dans le bosquet de Vénus. Mes yeux et mes oreilles n’ont pu s’y tromper. Quels étranges soupçons avez-vous donc, comte ? Croyez-vous qu’il soit si facile d’entrer dans les résidences royales, où la surveillance la plus rigoureuse est exercée ? Si les barrières s’abaissent devant moi, si les gardes restent muets, c’est qu’on me sent protégé par une influence toute-puissante. Au surplus, puisque mon faible mérite et mon dévouement absolu ne vous expliquent pas tant d’indulgence, songez que Joseph II arrive à Paris pour négocier l’emprunt refusé par Breteuil, et que le pouvoir de sa royale sœur n’aura pas de bornes quand nous serons au ministère.

— Ainsi soit-il, répondis-je ; mais vous me devez la fin de votre histoire.

Le prince continua :

— Je me relevais, quand la comtesse de Lamotte-Valois se rapprocha précipitamment de nous. « Venez, dit-elle à la reine, venez vite. Madame et Mme la comtesse d’Artois sont là. » La reine partit alors, non sans avoir appuyé sa blanche main sur mes lèvres.

— Et hier soir, cardinal, je parie que vous l’avez revue ?

— Je l’avoue, dit-il.

— De plus près ?

Le prince se leva en rougissant.

— Je vous crois trop bien élevé, comte, pour m’interroger davantage.