— Eh ! santo padre ! me dit-elle, que t’es-tu avisé de lui promettre ?
— Tu nous écoutais, curieuse ?
— Un peu. Tu es donc bien sûr que ce n’est pas Elle ?
— Qu’importe ? De toutes façons, nous aurons la convive promise. Si elle ne se nomme pas Myria en effet, je saurai bien découvrir qui elle est, et je la prierai de venir.
— Mais si c’est Myria ?
— Alors, je le lui ordonnerai.
VIII
Où je ne cache pas mon opinion sur les autres et sur moi-même.
Le souper que j’avais « prophétisé » n’eut pas lieu, et cela faute de convives. En revanche, il y eut un déjeuner fort divertissant à l’abbaye de Clairvaux. Je n’y étais point, mais le père Loth m’en a raconté les incidents, et je crois qu’ils sont dignes d’être conservés pour l’édification de la postérité.
Trois jours après les indiscrétions du cardinal de Rohan, — et depuis, il m’avait montré bien d’autres lettres ! — Dom Rocourt, le digne abbé de vingt abbayes qui lui rapportaient cinq cent mille livres de rentes, faisait fête à une jolie petite femme, grande amie de la reine de France et toute dorée des reflets de sa royale faveur. L’abbé n’était autre que ce robuste révérend à la vue duquel Marie-Antoinette s’était écriée : « Oh ! le beau moine ! » Exclamation naïve dont l’abbé s’enorgueillissait avec justice. La petite femme, c’était Mme de Valois. Une espèce de cour l’entourait : le marquis de Saissevax, l’abbé de Cabres, le comte d’Estaing, Rouillé d’Orfeuil, intendant de Champagne, Dorcy, receveur général, et le vieux maréchal de Richelieu lui-même avaient tenu à honneur et à plaisir d’être de cette petite fête à la fois dévote et galante. Donc, tout allait pour le mieux, et le vin de Champagne moussait dans les cornets quand le comte Beugnot arriva avec une mine mélancolique.
— Qu’y a-t-il ? lui demanda-t-on.