— Que c’est un homme d’esprit qui est un imbécile.
— Et de Mme de Valois ?
— Que c’est une princesse qui est une gueuse.
— Et de vous-même ?
— Que j’ai plus d’esprit que le cardinal, mais que j’ai été encore plus bête. Savez-vous ce que je vois en ce moment ? Le commissaire Chesnon, dans un fort beau carrosse ; il tourne l’angle du boulevard Saint-Antoine, suivi d’un gros d’exempts ; si bien que je serai arrêté avant que Lorenza ait eu le temps de me donner cinq ou six baisers d’adieu.
IX
Interrogatoires et chansons.
Je ne pense pas devoir perdre mon temps à raconter un procès que tout le monde sait par le menu et qui a traîné sur toutes les tables. Un cardinal accusé d’avoir calomnié une reine ; une femme de sang royal soupçonnée d’avoir soustrait des diamants ; un Mage suspect d’escroquerie, quelle aventure ! La petite comtesse, je ne sais pas trop pourquoi, me chargea avec une sorte de rage, et je me défendis de mon mieux. On m’avait d’abord mis au secret, ce qui fut une cruauté bien inutile. L’ignorance où l’on me tenait du sort de ma chère femme me tourmentait au point de me rendre insensible à toute autre torture. J’avais compté sur le secours des Loges, mais le père Loth ne m’avait fait passer aucun avis depuis le jour de mon arrestation. Quant au cardinal, il avait fort à faire pour se défendre lui-même ; puis, il n’était pas éloigné de croire, que dès qu’il me conviendrait de m’en aller, je passerais à travers les murailles. Je conviens que ma sorcellerie n’allait pas jusque-là.
Après nos premiers interrogatoires, on se relâcha des sévérités dont on avait d’abord usé. Les geôliers, fiers de tenir sous les verrous des personnages dont s’occupaient la France entière et l’Europe, ne demandaient qu’à se laisser corrompre, — jusqu’à un certain point, cependant. Je pus faire assez bonne chère et obtenir quelques livres, parmi lesquels se trouva une petite édition des Centuries de Nostradamus, datée de 1574. Chose bien faite pour m’étonner, le livre portait une indication qui renvoyait à la page 187, et voici ce que je lus sur cette page :
L’an quatre-vingt et plus, malandrins et guenons,
Aucuns en libertés, d’autres en bastions,