Gissent tout vifs ; savoir, femme qui n’est pas bête,
Deux comtes sans comtés, bonnet rouge sans tête.
Diavolo ! voilà un quatrain qui, pour avoir été imprimé en l’an 1574, ne s’en appliquait pas moins bien à la situation présente. Dans la « femme qui n’est pas bête », on pouvait reconnaître Mme de Valois ; La Motte et moi nous étions, en effet, deux comtes sans comtés, et le « bonnet rouge sans tête » indiquait clairement notre étourdi cardinal. Mais comme le quatrain n’était pas poli, je pris le parti de traiter Nostradamus de « vieille bête », à qui l’on fait dire tout ce qu’on veut.
Les confrontations suivirent les interrogatoires, et je me tirai assez bien des deux.
Je savais la justice française un peu frivole, et j’avais fait quelque toilette. On m’avait coiffé en cadenettes, et mes cheveux tombaient sur mes épaules, divisés en une infinité de petites queues. Je portais un habit vert brodé d’or, qui m’allait à miracle, à ce qu’assurait Lorenza, — du temps que je pouvais l’entendre, la chère belle ! — et des culottes de velours rouge. Voilà les commissaires instructeurs qui se prennent à rire.
— Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? s’écrient-ils.
Cela m’indigna. Ils savaient bien que je venais de la Bastille, et j’étais assez connu pour qu’on m’épargnât ces questions niaises, bonnes pour les accusés du commun.
— Noble voyageur ! répondis-je d’une voix assurée.
Mais ce tas de perruques se mit à rire de plus belle. Alors je m’indignai, et dans une sorte d’emportement bien justifié, je prononçai de hautaines paroles, afin de rappeler les gens au respect.
— Bon Dieu ! me dit Me Thilorier, mon avocat, parlez-leur français au moins ! Comment voulez-vous qu’ils vous entendent ?