Il est certain que, dans l’effusion de mon cœur, je m’étais exprimé en grec, arabe, latin, italien, égyptien, — sans parler du basque, où j’étais assez versé, — et c’est au milieu d’une gaîté universelle qu’on me pria de m’asseoir. Me Thilorier, qui d’abord avait paru fort contrarié de mon discours, finit par pouffer comme les autres.

— Vous êtes meilleur avocat que moi, dit-il, et vous avez gagné votre cause.

— Comment cela ?

— En les faisant rire.

J’avais été blessé, je fus humilié. On n’est pas Grand-Cophte pour rien. Mais voici que, tout à coup, une sorte de vision m’éblouit les yeux. Une grande et belle personne entre dans la salle avec une démarche de reine, et je crois voir la reine elle-même.

Pendant que je la regardais avec stupéfaction, les gens s’empressaient autour d’elle avec un intérêt souriant et presque respectueux. Même l’un des instructeurs, sur quelques mots qu’on lui dit à l’oreille, fit signe à un huissier d’apporter un fauteuil. Elle le remercia d’un air de noblesse, mêlé d’un peu de timidité, et les prévenances redoublèrent autour de sa beauté royale.

— Quelle est cette femme ? demandai-je à Thilorier.

Il me répondit tout bas :

— Une « demoiselle du monde » ; et si elle n’était point ici, elle serait, à cette heure sur quelque chaise du jardin du Palais-Royal.

Alors, je compris tout. J’avais devant les yeux l’original du médaillon, l’initiée de la rue Verte, la personne enfin qui, par sa ressemblance étrange avec Myria-Antoinette, avait trompé le cardinal !