— Je n’ai point de temps à perdre, me dit-il, et vous avez eu tort d’insister pour me voir. Vous n’êtes point un sot, mais vous êtes presque aussi dangereux que si vous l’étiez. Votre moi vous occupe trop ; vous ne méritez pas de travailler à l’œuvre. Vous êtes un amuseur, un excentric, comme on dit à Londres où vous allez. C’est bon. Je vous tolère. Partez, conduisez-vous bien. Je n’ai plus besoin de vous.
Ce n’est qu’à Londres que je pus réconforter mon esprit, troublé par ce que j’appelais alors une noire ingratitude.
Je voulus essayer de reprendre dans cette ville grise mon existence d’autrefois ; mais quelque chose me séparait de mon passé, et j’avais peine à retrouver en moi le vieil homme. Lorenza se fit mon ange gardien et devint plus que jamais le premier intérêt de ma vie.
Nous étions un soir fort ennuyés d’un temps de pluie et de boue qui durait depuis plusieurs jours, quand le marteau de notre porte retentit plusieurs fois. Il s’agissait, sans doute, d’un visiteur d’importance. On ouvrit.
Le visiteur était une visiteuse en habit de velours et en grande coiffe. Elle rejeta sa calèche sur ses épaules et nous montra une petite tête pâle.
— Jeanne !
— Madame de Valois !
Jeanne fit une révérence à ma femme, une révérence de cour, s’il vous plaît, et me dit avec un léger accent de raillerie :
— Voulez-vous me donner la main, comte ?
— Assurément, répondis-je.