— Nous avons été ennemis, mais cela peut s’oublier, car nous avons passé, vous par l’exil, moi par le feu.

Nous la considérions avec étonnement. Comment se trouvait-elle à Londres ? L’épouvantable arrêt qui l’avait frappée me revenait en mémoire, et je me souvins de toutes les circonstances que j’en avais vues dans les gazettes.

Quand on lui avait lu sa condamnation, elle avait haussé les épaules et regardé les gens en pitié. Ce qui ne l’avait pas empêchée, un peu après, d’être prise de convulsions qui avaient duré trois heures, et pendant lesquelles elle avait brisé, rompu, tordu tout ce qui lui était tombé sous la main. Cela s’était calmé, et elle avait passé quelques jours assez tranquille. Elle attendait sa grâce, qui ne pouvait lui manquer, disait-elle. Et lorsqu’il lui venait quelque doute à l’esprit, elle regardait du côté de Versailles et murmurait entre ses dents serrées :

— Prends garde !

Le 21 juin, une petite fille, qui la servait depuis qu’elle était entrée à la Conciergerie, vint l’éveiller et lui dit :

— Madame, levez-vous.

— Ah ! quel ennui ! fit la jolie Jeanne, je dormais si bien.

Elle dormait bien, en effet, et dans un désordre charmant qu’autorisait la grande chaleur.

Elle se couvrit, un peu rougissante de s’être trop bien vue, et mit des bas de soie et des souliers plats.

— Que me veut-on ? dit-elle.