On n’osa pas me tuer. Je ne donnerai pas les considérants de mon arrêt de mort, œuvre d’iniquité et de mensonge ; le pape commua la peine, et j’entrai dans la vieille prison de San Léo d’Urbino. Que de Bastilles sur la terre !
III
Le cordon de Saint-François.
Dès que je fus à San Léo d’Urbino ; je n’eus plus qu’une idée, en sortir. Je ne tardai pas à me faire un ami. Je parle de toi, mon cher Pancrazio ! Pancrazio, en effet, avait l’air d’un compère. Il m’inspira de la confiance, et un beau matin je lui proposai de me confesser ; j’avoue que ce n’était pas uniquement par dévotion ; j’avais une arrière-pensée. Vraiment il ne confesse pas mal. Mais il est pour les corrections corporelles, et je me gardai bien de lui donner tort.
— Rien de tel qu’une bonne « fustigation », disait-il, pour faire rentrer les gens en eux-mêmes.
A quoi je ne pus m’empêcher de répondre :
— Avez-vous donc des pénitentes, mon père ? Pour moi, le reproche que je fais à ce genre de purification, c’est la fatigue qu’il donne, quand on opère solitairement. Je comprends qu’on fouette les autres ou qu’on se fasse fouetter, mais il est pénible de s’exécuter soi-même.
Pancrazio me dit :
— Qu’à cela ne tienne, mon fils ! Je vous fouetterai quand il vous plaira.
En effet, le lendemain de ma confession, ce digne Pancrazio m’offrit de m’administrer les coups de martinet qu’il croyait nécessaires à l’époussetage de ma conscience.
Dès que j’y eus consenti, avec une ardeur dont il eut tort de ne pas prendre ombrage, le bon père dénoua la corde qui lui ceignait les reins, une bonne corde souple et solide, aussi propre à cingler des épaules qu’à garrotter un geôlier. Il la ploya en quatre doubles et m’en envoya quelques volées. Je pris mon temps, je lui arrachai le cordon des mains, et bondissant sur le digne franciscain…