— Eh bien ! si vous croyez en Dieu et en la sainte Trinité, faites le signe de la croix.
— Eh ! me dit-il, pourquoi ne ferais-je pas le signe de la croix, puisque tu parais y tenir, mon cher Pancrazio ?
Il le fit. Des larmes d’attendrissement me mouillaient les yeux. Grâce au signe rédempteur, mon prisonnier, mon ami, mon frère mourrait en état de grâce !
Gloire à Dieu ! je me précipitai sur lui, à l’improviste, et avec ce même cordon dont il avait essayé de me lier, — mais le ciel m’est témoin que je ne lui en voulais pas ! — je l’étranglai. Plaise à Dieu qu’il n’ait pas eu le temps d’avoir quelque mauvaise pensée ! Quand les Français entrèrent dans la prison, je leur dis que Joseph Balsamo était sujet à des étouffements, à des « étranglements », et qu’il venait de passer entre mes bras.
C’est ainsi que j’ai obéi aux instructions du sacré collège, et j’ose espérer que la Sainte-Vierge ne me gardera pas rancune de la pitié peut-être excessive que j’ai montrée dans l’accomplissement de mon devoir. En même temps je ferai observer à vos Illustrissimes Éminences que la charge d’abbé dans le monastère franciscain de Civita Vecchia est devenue vacante, et que les religieux de ce vénérable cloître se soumettraient sans déplaisir,
Illustrissimes seigneurs,
à votre très humble et très passionné serviteur,
Fra Pancrazio.
FIN