Cependant la barque voguait doucement entre le double azur de l’onde et du firmament assombri. Où allais-je ? qu’importe ! le temps était beau, la direction d’une sardinière n’était pas pour embarrasser un enfant de Palerme, et il y avait à bord des provisions suffisantes pour plusieurs jours de navigation. Couché sur le dos, tout au long, je humais le bleu de l’air et de la lune ; une bouteille de Marsala, bue à lentes gorgées, avait merveilleusement prédisposé mon esprit à ces vagues et délicieuses rêveries qui se dispersent peu à peu dans la brume du sommeil.

Un bruit de castagnettes et de tambourins m’éveilla joyeusement. Je crus d’abord que je dansais en rêve ! Mais non ; je voyais les planches de la barque et la claire pâleur du ciel, rosée à l’orient. Je me dressai. Ce qui avait sonné cette diane du plaisir, c’était un grand bateau tout pavoisé d’oriflammes, où des masques extravagants, arlequins et colombines, cœlios de velours et cœlias de satin, pulcinellas et pulcinellinas dansaient une ardente tarentelle, au milieu de l’immense mer çà et là pailletée d’argent dans les buées transparentes du matin ; je pensai d’abord que j’assistais à quelque fantasque carnaval de tritons et de néréides, supposition qui n’avait rien d’absurde, puisqu’enfin l’art des déguisements fut inventé, comme chacun sait, par le dieu marin Proteus.

— Holà ! masques, qui êtes-vous, et où allez-vous ?

— Facileto pavato ! la demande est stupide ! riposta un énorme Brighella. Tu sais qui nous sommes, puisque tu nous appelles « masques », et où pourrions-nous aller, sinon à Naples, où se donne le plus beau des carnavals ?

Et là-dessus le Brighella entonna cette burlesque chanson pendant que les autres dansaient encore :

Chaque vigne a sa grappe

Et chaque astre son feu ;

Rome dit : « J’ai le Pape ! »

Et le ciel dit : « J’ai Dieu ! »

Mais sous la brocatelle