Je réfléchissais à ces choses, quand le signor entra dans la salle commune, suivi de la signora Lorenza qui se mit à rire en m’apercevant.
Elle était démasquée ; je n’avais jamais vu d’aussi belle personne !
Sa gaieté ne laissait pas que de me confusionner un peu ; le cavalier, clignant de l’œil d’un air narquois, me dit à brûle-pourpoint :
— Avouez que vous mourez d’envie de faire notre connaissance ?
Je l’avouai franchement, m’excusant sur la liberté du carnaval, et sur une égratignure que m’avait faite un bouquet de roses et dont je voulais demander raison à « madame ».
— Dites « mademoiselle », répondit Roméo.
— Pourquoi donc ? fit Lorenza.
Et nous voilà tous trois à nous regarder.
La jeune femme parlait avec une voix vibrante et sonore, une adorable voix de contralto. Elle reprit sans nul embarras et en riant de plus belle :
— Il est certain que s’il suffit de ne pas être mariée pour être demoiselle, je suis une demoiselle véritable ; mais s’il suffit de ne pas être demoiselle pour être mariée, je suis mariée aussi.