La nuit s’écoula, puis la matinée. Vers la fin de l’après-midi, nous aperçûmes à l’horizon le dôme de Saint-Ange, et nous nous arrêtâmes à Pizzo pour relayer une dernière fois. Je fis servir une collation, avec l’autorisation de l’officier qui s’était fort humanisé avec nous.
Nous étions encore à table lorsque entra dans l’hôtellerie un grand homme sec, habillé de noir, porteur d’une longue baguette, et dont le nez ressemblait à celui d’un oiseau de proie. J’appris bientôt que c’était le barigel du Saint-Office. L’Inquisition venait au-devant de nous ; c’était un grand honneur qu’elle nous faisait.
— Monsieur l’officier, dit brutalement le barigel, j’ai reçu votre message, et je vous annonce que vous êtes un sot. Quels sont les gens que vous m’amenez ?
— Per Baccho ! dit l’officier, ce sont les gens que vous m’avez chargé d’arrêter, Roméo Staffi et Lorenza Feliciani.
— Le ciel vous confonde ! J’arrive du couvent de l’Annonciade où j’ai vu la signora Lorenza elle-même. A la vérité, elle ressemble quelque peu à madame, mais on n’est pas agent de police pour se laisser prendre aux apparences. Quelles preuves avez-vous de l’identité de vos prisonniers ?
— Excellence, leurs noms écrits par eux-mêmes sur le registre de l’hôtel où ils étaient descendus : Roméo Staffi et Lorenza Feliciani.
— Pardon, interrompit notre belle compagne, il n’y avait pas Lorenza, mais Lorenzo.
— Lorenza, Madame.
— Lorenzo, Monsieur.
— J’ai vu l’a.