— Eh oui, j’ai ma sœur Lorenza, qui me ressemble en mieux, comme une étoile ressemble à une chandelle. L’histoire que nous vous avons racontée, Roméo et moi, est vraie de point en point, et c’est pour distraire ce pauvre abbé, qui est fort à plaindre depuis que l’on a mis Lorenza au couvent, que j’ai consenti à jouer le rôle de ma sœur pendant quelques jours de carnaval.
— Vous me présenterez à la signorina Lorenza ?
— Sans doute.
— Quand cela ?
— Demain, dès que vous le voudrez. L’Annonciade n’a pas la clôture sévère. On y loge les filles désobéissantes, lorsqu’elles ne sont plus d’âge à recevoir le fouet.
Qu’eût fait tout autre à ma place ? Je me composai le meilleur visage que je pus, pour ne pas avoir l’air trop ridicule, et je tendis la main à mon nouvel ami.
Deux heures après, il y avait quatre hommes parfaitement ivres dans l’hôtellerie de Pizzo.
L’abbé buvait comme un barigel, et le barigel comme un abbé ; Lorenzo leur tenait tête vaillamment ; quant à moi, j’avais vidé tant de gobelets à la santé de ma future conquête, que, si je n’avais pas été le comte de Cagliostro, j’aurais été gris comme un bourgeois. Quand je vis que nous étions sur le point de nous laisser glisser de nos chaises, je priai Lorenzo d’emprunter des habits de son sexe à un garçon de l’auberge, de peur de quelque méprise.
VIII
Lorenza.
Il se passa une chose dont j’eus lieu d’être satisfait le jour même de notre arrivée à Rome, l’abbé Roméo, dont l’escapade était connue, fut prié par ses supérieurs de garder les arrêts dans une cellule des Célestins. J’en étais bien plus libre de faire ma cour à sa fiancée.