— Laquelle ?
— On prépare deux pilules de même apparence, l’une de miel pur, l’autre de miel imbibé d’aqua-tofana ; les deux adversaires avalent chacun une des pilules, et cela termine leur différend.
Roméo éclata de rire.
— Vous tenez donc bien à vous débarrasser de moi ?
— Oui, monsieur l’abbé !
— Mais moi, seigneur comte, je n’ai aucun motif de me débarrasser de vous, puisque Lorenza m’aime et que je vais l’épouser.
Je dus convenir intérieurement que cette réponse ne manquait pas de logique.
— Et si, après votre mariage, je fais la cour à Lorenza ? lui dis-je.
— Je vous fermerai ma porte et préviendrai la police.
Ce diable d’homme avait réponse à tout. Ma foi, je lui pris le bras en disant : « Vous avez raison », et nous parlâmes d’autre chose. Je le conduisis chez un fripier, afin qu’il échangeât sa robe contre un costume de cavalier. J’avais un air tout fait insouciant, l’air de ne plus songer à Lorenza. J’assurai à Roméo que tel habit lui seyait bien, mais que tel autre lui convenait mieux. « J’en ai eu un presque semblable d’étoffe, de couleur et de forme, et il m’a fait bon usage. » Vraiment, nous avions les façons, non pas de deux rivaux, mais de deux tendres amis. Il me dit : « C’était donc par jeu que vous parliez de nous couper la gorge ? Allons, tant mieux, je vois que vous êtes un aimable compagnon. »