— Prends garde ! dit-elle, il ne faut pas tant s’aimer à l’église.
Pourquoi ? répondis-je, tout nous sourit, tout nous couronne. Rien ne prévaudra contre notre bonheur.
Le cardinal-prêtre entra, suivi de quatre enfants de chœur. Ce prince de l’Église, venant officier lui-même, c’était beaucoup d’honneur pour le pauvre Roméo. Après quelques cérémonies de début, il se dirigea vers moi, et m’adressa, avec un sourire, un regard d’intelligence. Lorenza, qui avait été jusque là passablement inquiète, suivit la direction de ce regard.
— Oh ! fit-elle…
Elle venait de voir Roméo ! Oui, Roméo lui-même, agenouillé sur un prie-Dieu, à son côté.
— Je suis un autre Roméo, lui dis-je. Pour t’obtenir, pour te posséder, je n’ai reculé devant aucun miracle. N’essaie pas de comprendre par quelle magie je me transforme de la sorte. Mais veux-tu me voir mourir à tes yeux ? Réponds « Non ! » quand le cardinal te demandera si tu consens à être ma femme…
Elle répondit « Oui ».
J’étais ivre de joie. Nous passâmes dans la sacristie pour signer l’acte de mariage.
— Per Baccho ! fit le cardinal, quand il me vit de près, je croyais avoir marié Roméo.
— Vous avez marié, répondis-je fièrement, le comte de Cagliostro, préféré par la belle Lorenza. J’espère, monseigneur, que votre Éminence ne regrettera pas l’honneur qu’elle nous a fait.