— Oui, dit-il d’un ton railleur, tu as été admis dans la loge de la Haute Observance à Londres ; Lorenza y fut admise aussi ; crois-tu que nous ne sachions pas cela ? vous reçûtes, dans la même Tenue, le Tablier, le Cordon, l’Équerre et le Compas ; ta femme obtint, en outre, une jarretière sur laquelle sont brodés ces mots : « Union, Silence, Vertu » et il lui fut ordonné de coucher désormais avec cette jarretière à la cuisse. Des personnes dignes de foi m’ont affirmé qu’elle ne s’est pas soustraite à cette obligation.

Comme je savais que le marquis aimait à rire, je ne m’arrêtai pas à ce qu’il y avait dans ces dernières paroles de désobligeant pour ma chère Lorenza ; mais je m’étonnai de le voir si bien informé des détails de notre initiation.

— Nous savons aussi, continua-t-il, que, dans d’autres loges, à Nuremberg, à Berlin, à Stuttgard, à Heidelberg, tu as tenu des discours surprenants et fait apparaître des anges.

— En es-tu certain ? lui demandai-je.

— Certain.

— J’ai parlé, oui. Mais es-tu sûr que j’aie fait apparaître des anges ?

— Sûr. Les Illuminés ne se trompent jamais.

— Après tout, c’est possible, répondis-je en rêvant un peu.

— N’en doute pas, Joseph Balsamo. Le ciel, qui a de grands desseins sur toi, t’a infusé une vertu étrange, qui fait obéir les êtres célestes non moins que les terrestres. Cette force, tu n’y crois pas toi-même, et tu attribues fréquemment à tes mensonges et à tes artifices des effets qui sont dus en réalité à une mystérieuse puissance. Tu es une espèce de prophète malgré soi, qui raille ses prophéties, un faiseur de miracles qui pense être un escamoteur. C’est pourquoi le dirigeant suprême m’a délégué près de toi comme Initiateur. Viens à nous ! tu seras un chef de notre Œuvre, et nous te révèlerons ta mission. Viens, mon frère, si tu ne crains pas de regarder face à face la vérité, et si tu portes un cœur capable de ne pas pâlir au milieu des épreuves !

J’étais de plus en plus surpris des paroles de mon compagnon et surtout du ton dont il les prononçait.