Je poussai la porte de marbre et m’engageai dans un corridor absolument obscur, qui me parut très étroit.
Pourquoi le célerais-je ? j’avais peur ; je sentais des gouttes de sueur froide me mouiller le front et les tempes.
Soudain le sol manqua sous mes pieds ; je me crus englouti, et je fis entendre un cri désespéré, en fermant les yeux.
Il est probable que je ne tombai pas de bien haut, car je ne me fis aucun mal ; mais mon étonnement fut plus grand que si je fusse arrivé dans le plus profond des enfers, au milieu de diables agitant leurs fourches.
J’étais dans un cabinet de travail, peu vaste et simplement meublé d’une table, de quelques chaises, d’une bibliothèque qui devait contenir deux ou trois cents volumes. Sous la lueur d’une lampe, dont un abat-jour vert isolait la clarté, un homme, qui me parut jeune encore, feuilletait un gros livre, la tête penchée ; il avait devant lui deux tasses de porcelaine blanche, à côté d’une théière d’où sortait une légère fumée.
— Ah ! ah ! c’est vous, monsieur Joseph Balsamo ? dit-il.
Il avait tourné son visage vers moi. C’était un jeune homme, en effet ; il ne devait pas avoir plus de trente ans. Sous des cheveux si blonds qu’ils paraissaient presque blancs, comme ceux des tout petits enfants, sa figure, un peu pâle, était souriante ; il avait dans ses yeux bleus, très grands, une douceur profonde, et comme une candeur de vierge. Je remarquai qu’il portait une robe de chambre à ramages, d’une couleur presque éteinte, et qu’il avait aux pieds des pantoufles brodées.
— Donnez-vous la peine de vous asseoir, reprit-il en italien, mais avec un accent allemand très prononcé ; je suis heureux de faire votre connaissance.
Je pris place sur le siège qu’il m’indiquait, ne sachant que croire ni que dire. Il poursuivit :
— Eh bien, que pensez-vous de nos petites diableries ? Au reste, j’avais bien recommandé qu’on vous épargnât les épreuves grossières qui ne sont utiles que pour frapper et confondre les âmes banales ; je suppose que l’on s’est conformé à mes instructions.