Il avait des façons familières, cordiales, un air très simple qui ne paraissait nullement affecté.

— Qui êtes-vous donc, monsieur ? demandai-je.

— Ah ! c’est juste ; vous ne me connaissez pas ; votre curiosité est légitime. Eh bien ! mon cher comte, je suis le baron Spartacus de Weisshaupt, pour vous servir, si j’en suis capable.

Le baron de Weisshaupt ! cet homme qui était là, devant moi, sous sa lampe, au coin de son feu, c’était le terrible rêveur qui, avec le baron de Knige, qu’on appelait Philon, avec Swach, qu’on nommait Caton, avec le marquis de Constanza, qu’on appelait Diomède, avec le libraire Nicholaï, qu’on nommait Lucien, avait fondé l’association de l’Aréopage ; le chef à qui obéissaient les initiés de tout grade, les Novices, les Minervaux, les Mineurs, les Majeurs, les Époptes, les Régents, les Philosophes et les Hommes-rois eux-mêmes ; le tout-puissant qui d’un signe pouvait faire se lever cent poignards et tomber cent cadavres, et qui, lorsqu’il lui plairait, précipiterait contre les trônes les cinquante mille initiés de Bavière, les quatre-vingt mille maçons de Prusse, et les deux cent mille Illuminés de Russie, de Hollande et de France !

— On exagère un peu, dit-il avec un sourire, car il comprit à quoi je songeais. Mais le fait est que nous disposons de quelque influence, et que nous avons des projets assez élevés. Tenez, au moment où vous êtes entré, je m’occupais précisément d’une affaire passablement importante, dans laquelle vous nous serez de quelque utilité, je suppose.

— Parlez, répondis-je.

— Oh ! ce n’est qu’un commencement. Il s’agit de déshonorer la royauté en compromettant la reine de France. Mais restez donc assis, mon cher monsieur Balsamo, et permettez-moi de vous verser une tasse de thé.

FIN DU LIVRE PREMIER

LIVRE DEUXIÈME
LE COLLIER DE MYRIA

I
Où l’on verra que je ressemblais à la fois à Jésus-Christ, à César et à Cromwell.