— Monsieur le comte, on s’inquiète beaucoup de vous en France, et vous voyez que les jeunes filles elles-mêmes y savent votre nom. Les pouvoirs qu’on vous attribue sont tellement extraordinaires qu’on ne sait ce qu’il faut en croire. J’admire le hasard qui nous a fait vous rencontrer. Êtes-vous réellement mon serviteur, comme vous le dites ?
— N’en doutez pas, mademoiselle.
— Eh bien ! je veux mettre votre science à l’épreuve, — si madame y consent, ajouta-t-elle en s’inclinant vers Lorenza, — car je devine la comtesse de Cagliostro à son incomparable et merveilleuse beauté.
Lorenza rougit et, avec sa franchise italienne un peu naïve, envoya un baiser du bout des doigts à la jolie Française.
— Vous allez me demander, repris-je, votre bonne aventure ?
— Bonne ou mauvaise, répliqua Jeanne gravement.
— Il se peut que je vous la dise ; mais vous voyez que nous arrivons à peine au dessert, et nous pouvons remettre à plus tard nos petites diableries.
— Monsieur s’écria de nouveau le bourgeois à mine huguenote, ne parlez pas du diable, je vous en conjure.
— Vous êtes donc bien sensible aux choses théologiques ? Diablerie est mis là pour expérience. Est-ce que vous croyez au diable, par hasard ?
— Et vous, dit l’étranger, est-ce que vous n’y croyez pas ?