— C’est une mignonne grisette… et c’est ma sœur. Est-ce toi, Jeanne ? Elle ne répond pas. Elle s’approche de la laitière. Toutes deux se sourient : elles causent, elles ont l’air de s’aimer. Tiens, c’est drôle, une grisette, une laitière qui jouent avec des diamants plus magnifiques que les diamants d’une reine ! Oh ! le beau collier ! le beau collier qu’elles essaient l’une après l’autre ; on dirait un serpent d’étoiles. Et toutes deux ont une couronne au front. — La même couronne. Que cet orage est ennuyeux ! Le temps se couvre, on a peur, on fuit de tous côtés. Les fleurs de lys de diadèmes se sont changées en mouches d’or, qui volent et tournent autour des deux amies. Ce sont d’affreuses guêpes. Jeanne, prends garde ! Ah ! je ne veux plus voir… Otez, ôtez cela !
— Regarde, dis-je à Fillète, regarde toujours.
— Non, je ne veux pas !
Elle tomba sur ses talons, renversée en arrière, et se couvrit la figure de ses mains.
— Relève-toi ! je veux que tu voies, je veux que tu parles !
— Non ! non ! criait l’innocente en se débattant.
— Je le veux !
— Non ! répétait-elle en se roulant sur le parquet, égarée, folle d’émotion, en proie à l’exaltation lucide des voyantes.
L’orage nous servit. Un nouveau coup de foudre, terrible, secoua l’auberge jusque dans ses fondements ; je saisis Fillète délirante, dont je comprimai les mouvements désordonnés, et je la maintins en face du globe de cristal, où l’eau irradiée était agitée par des bouillonnements étranges. La Colombe essaya de se débattre encore mais ses yeux étaient invinciblement attirés par le point lumineux où s’agitaient les génies.
— Je vois, cria-t-elle, des gens qui se battent, des bonnets rouges, et une grande faux d’acier qui coupe comme du blé les grands arbres de tout à l’heure et les têtes des seigneurs ?