— Ah ! c’est vous ? vous avez achevé de dire la bonne aventure à votre demoiselle française ? Savez-vous qu’il n’y a rien de plus amusant que la scène de tout à l’heure ? C’était beau comme un acte d’opéra. Elle joue fort agréablement, cette petite Fillète, sans avoir l’air d’y toucher. Mais est-il bien nécessaire, comte, d’avoir des carafes, des épées et des tapis rouges pour annoncer l’avenir aux gens ? Faites-moi grâce du décor, et dites-moi mon sort comme un sorcier sans façon.

— Oui-dà ? Eh bien, vous deviendrez bourgeoise de Paris et vous épouserez un imbécile.

— De quelle main ?

— Des deux mains.

— Quoi ! fit la Renaud stupéfaite, je deviendrai honnête femme ?

— Je n’ai pas dit cela. Avez-vous entendu parler de Bœhmer et de Bassanges, les orfèvres de la reine ? Oui ? Vous serez la femme de Bœhmer, voilà tout.

— Ah ! dit-elle, c’est une plaisanterie. Bœhmer est fort riche, et il est peu probable qu’il se soucie d’une fille comme moi.

— C’est trop de modestie. Vous avez une dot qui lui fera ouvrir l’œil.

— Moi ? Une dot ?

— Oui. Deux millions, que je vous donne.