— Vous rêvez tout éveillé, mon cher comte.
— J’ai plutôt la coutume de veiller en rêvant. Deux millions en diamants que voici, ajoutai-je ; regardez.
A ces mots, j’ouvris sous les yeux de Mlle Renaud une petite cassette que j’avais apportée avec mon attirail du magicien. La danseuse ne put retenir un cri d’admiration devant la vision de flamme qui lui brûla les yeux. Je refermai la cassette et je dis :
— Il est fort logique qu’un orfèvre épouse des diamants. Prenez donc cette cassette, et partez pour la France. De ces pierres, Bœhmer fera un seul collier, vous obtiendrez cela de lui. A vrai dire, je dois ajouter une chose ; si vous n’épousiez pas le bijoutier de la reine, je me verrais dans l’obligation de vous réclamer les diamants.
Éblouie, ahurie, ne sachant que croire ni que dire, Mlle Renaud saisit le petit coffre à coins dorés et se précipita vers l’escalier. Je me souviens qu’elle ne m’adressa pas même un remerciement ; c’était une fille cruellement ingrate. Cependant, ces différentes scènes avaient fortement surexcité mes nerfs, et je commençais à aspirer au moment où je m’endormirais à côté de ma chère Lorenza. Je m’approchais d’elle pour lui demander si elle n’avait pas sommeil, lorsque quelqu’un me demanda :
— Monsieur, ne me ferez-vous pas l’honneur de me dire quelque chose sur mon compte ?
J’avais oublié le bonhomme à l’air grave qui m’avait un peu intrigué pendant le souper. Il était longtemps resté dans un coin ; il venait d’en sortir.
— Non, monsieur, répondis-je.
— Et la raison, s’il vous plaît ?
— C’est que je crois qu’il n’y a pas grand’chose à dire de votre personne.