— Assez causé ! cria-t-il joyeusement ; on crève de faim ici.
Ce calme, pareil à celui de tous les soirs, ce retour, semblable aux autres retours, épouvantait le vieux Blas. Ah ! comme tout cela allait changer, comme ils cesseraient de rire, comme ils allaient ne plus avoir faim !
La mère demanda :
— Mais, dites donc, où est le petit ?
Voilà, le moment était venu ; il n’y avait plus à retarder l’aveu. Il fallait répondre : « le petit est noyé ! »
Il leva la tête, bouche béante, œil stupide ; il considérait, comme on regarderait la mort si elle se dressait tout à coup devant vous, la forte et fraîche Cadije, heureuse, au rire franc.
Enfin, il baissa le front et bégaya dans sa barbe :
— L’enfant est là, derrière la haie, il a marché plus lentement, à cause d’un nid que nous avons trouvé. C’est la vérité, c’est la vraie vérité. Attendez-nous un instant, il est là, derrière la haie, je vais le chercher.
— Hé ! Blas ! appela la mère.
— Non, non, reprit-il, tremblant de tous ses membres ; il ne… n’obéirait pas, il croirait qu’on veut le gronder, parce qu’il est en retard. Je vous dis que je vais le chercher moi-même. Ne vous impatientez pas, mettez-vous à table.