— Maintenant que je suis au ciel, je sais beaucoup d’histoires, et c’est moi qui t’en conterai, si tu veux. La fin de ton beau conte, où il y avait un enfant sans oreilles, et un chien noir qui fumait sa pipe, la fin de ce beau conte, tu ne la savais pas ? Eh bien écoute grand-père, je vais te la dire, moi. Quand le petit Guignonet se trouva dans la prison, parce qu’on l’accusait d’avoir volé, il fut d’abord bien triste, comme tu l’es maintenant. Lui aussi, il n’avait fait que du bien et tout le monde était contre lui à cause du bien qu’il avait fait. Mais pendant qu’il se désolait, pendant qu’il se croyait perdu, voilà que le chien noir qui fumait sa pipe entra dans le cachot et, tout en fumant sa pipe, il dit : « Guignonet, tes épreuves sont finies. Le mendiant sur la route qui t’a rendu ton sou avec de mauvaises paroles, c’était moi ; c’était moi, la poule dont tu as cassé les œufs en croyant lui porter secours ; le corbeau aux grandes ailes, et le nain et les gendarmes, c’était moi encore ; mais je ne suis pas un chien noir qui fume sa pipe, je suis une fée, une bonne fée. Regarde-moi. » Alors, dans la prison qui n’était plus une prison, mais un jardin éclairé par des fleurs lumineuses, Guignonet vit une belle dame avec des cheveux en or, qui était tout habillée de soleil et qui avait à la main une baguette en diamant. « Guignonet, dit-elle, tu as résisté à toutes les épreuves, tu ne t’es pas révolté contre les injustices : maintenant réjouis-toi, car tu es dans le jardin céleste ou tu joueras éternellement avec les petits anges de ton âge. » Quand elle eut parlé ainsi, la fée disparut. Guignonet vit venir à lui une troupe d’enfants si beaux, qu’il n’aurait pas cru qu’il en existât de pareils ; ils lui proposèrent de venir s’amuser avec eux ; et il n’y a rien de plus plaisant que de jouer aux quatre coins dans le jardin du paradis.


C’est ainsi que le petit Blas, chérubin aux ailes blanches, parlant au vieux Blas sous les décombres rocheux, acheva l’histoire du « petit garçon qui n’avait pas d’oreilles et d’un chien noir qui fumait sa pipe ».

Alors le pauvre homme, comprenant qu’il y a une justice et un bon Dieu, mourut sans douleur sur le dur lit de pierres, en serrant contre son cœur le petit Blas, qui était un petit ange à présent ; le grand-père avait hâte d’entendre les belles histoires que l’enfant lui raconterait à son tour dans le jardin du ciel, tout à l’heure.

LE BONNET DE LA MARIÉE

Moi, dit Rose Mousson, après avoir soufflé sur le bord de son verre, où le champagne se creusa en une courbe blanche et eut l’air d’une petite vague écumeuse qui va retomber, moi, ce qui m’a perdue, c’est le bonnet de la mariée.

Grasse et ronde, toute rose, décolletée, les bras nus — plus de peau que d’étoffe, — elle pouffait de rire en disant cela. Mais il y avait dans ses jolis yeux clairs, adoucis, je ne sais quelle langueur qui rêve un peu, et comme un attendrissement vague, jeune, ingénu.

Nous la regardâmes, ébahis.

Quel bonnet ? Un bonnet de mariée ? Est-ce que les mariées portent des bonnets, fussent-ils de fine soie avec des boutons de fleurs d’oranger parmi des feuilles de malines ? Et elle disait que ce bonnet l’avait perdue ? Niaiserie, ou griserie. Cette petite Mousson, trois verres de champagne, et voilà sa tête à l’envers.

Elle reprit dans un rire plus vif :