— Par où donc ?

— Par le nez, peut-être, ou par les yeux. L’histoire ne donne pas d’explication là-dessus.

Le petit Blas réfléchit et dit :

— Ce n’est pas bien amusant, cette histoire-là.

— Ce n’est que le commencement. Tu verras tout à l’heure. Or, l’enfant qui n’avait pas d’oreilles et qui entendait très bien, entendit un jour le père raconter à la mère que, dans une montagne de ce pays-là, il y avait une grotte où un enchanteur très riche avait caché beaucoup d’or et d’argent, et que, par la permission de l’enchanteur, le trésor appartiendrait à celui qui aurait le courage d’aller le chercher à travers mille dangers.

— Un enchanteur ?

— Comme dans la Princesse Bleue.

— Ah ! oui.

— Guignonet, c’était ainsi qu’on appelait le jeune garçon, Guignonet pensa : « Je voudrais bien aller dans la montagne chercher l’argent et l’or de l’enchanteur, parce que le père et la mère, quand nous serions riches, n’auraient plus besoin de travailler comme ils font et ne se coucheraient plus sans souper. » C’était, comme tu vois, un bon cœur que l’enfant sans oreilles ; il résolut de partir pour la montagne, tout seul, sans rien dire à personne, parce qu’il voulait faire une surprise à ses parents quand il reviendrait avec le trésor.

Ce qui aurait pu le faire hésiter, c’est qu’à l’ordinaire il n’avait pas beaucoup de chance dans ce qu’il entreprenait. Quand il avait fait quelque chose de très bien, les choses tournaient fort souvent de façon qu’il avait l’air d’avoir fait quelque chose de très mal ; et il était puni de ses meilleures intentions.