Il y a des gens comme lui dans la vie, à qui rien ne réussit et qui sont toujours accusés à tort.

Ainsi, un jour, ayant vu un pauvre sur le chemin, il lui fit l’aumône, quoique bien pauvre lui-même, d’un petit sou qu’on lui avait donné. Eh bien, tu crois que le mendiant lui dit : Merci ? Pas du tout, il lui jeta le sou à la figure et cria, en montrant les poings : « C’est très vilain de tromper le pauvre monde ! Le bon Dieu vous punira. »

— Pourquoi donc le mendiant disait-il cela ?

— Le sou était faux. Mais ce n’était pas la faute de Guignonet, puisqu’on le lui avait donné. Une autre fois, il entendit une poule qui criait dans l’étable, qui criait, qui criait ! il eut pitié, sauta du lit — car c’était avant le matin, — et s’en alla porter secours à la pauvre bête. Il la vit dans une espèce de panier rond où elle criait de plus belle comme pour demander qu’on vînt à son aide. Guignonet la caressa : elle se plaignait toujours. Alors, il se dit : « Il faut croire qu’il y a dans le panier quelque méchante bête qui la mord sous les plumes. » Il aimait à rendre service, il saisit le panier, le remua, le secoua dans l’intention de faire sortir la poule, qui, de cette façon, aurait été délivrée. La poule s’enfuit en effet, effarouchée, les ailes toutes battantes ; mais sais-tu ce qui tomba par terre, du panier ? douze beaux œufs. Et tous les œufs furent cassés. Et tu penses si Guignonet fut grondé par ses parents qui avaient laissé les œufs dans le panier pour que la poule eût l’idée de les couver. Pourtant le petit garçon sans oreilles avait cru être utile à la poule.

Et tiens ! à propos de ses oreilles, il faut que je te dise comment il les avait perdues ; car enfin, il n’était pas né comme cela.

C’était une fois au coin d’un bois. Guignonet avait déjà huit ans. Il rencontre un gros chien tout noir, assis sur son derrière, et qui fumait sa pipe tranquillement.

— Qui fumait sa pipe ?

— Oui ; dans la contrée où habitait Guignonet, on rencontre assez souvent des chiens qui fument leur pipe en se promenant dans les rues ou sur le chemin ; dans notre pays ils sont beaucoup plus rares. Enfin, le chien que Guignonet rencontra, fumait sa pipe tranquillement, ou plutôt non, il ne la fumait pas. Mais ce n’était pas sa faute : elle venait de s’éteindre. Guignonet s’approcha et dit au chien noir : « Monsieur le chien, si vous voulez, j’irai jusqu’au village vous chercher des allumettes ? » C’était aimable, cela, c’était poli. Bon ! le chien se dressa sur ses pattes de derrière, aboya d’un air furieux, se jeta sur Guignonet, et, de deux coups de mâchoires, lui enleva les deux oreilles. Après quoi, il prit sa course à travers les fougères et disparut tout à fait.

— Avec les oreilles de Guignonet ?

— Avec les oreilles.